La VAE : comment valider son expérience et décrocher un diplôme
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La VAE : comment valider son expérience et décrocher un diplôme

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Je rencontre souvent des professionnels brillants, avec quinze ou vingt ans d’expérience dans leur domaine, qui n’ont jamais eu l’occasion ou les moyens de valider leur parcours par un diplôme. Un responsable logistique autodidacte qui dirige une équipe de trente personnes. Une assistante de direction qui maîtrise cinq logiciels et parle trois langues. Un cuisinier qui a tout appris sur le tas dans des restaurants étoilés.

La VAE — Validation des Acquis de l’Expérience — existe pour eux. C’est un droit ouvert à tous depuis la loi de modernisation sociale de 2002. Et pourtant, il reste mal connu et trop souvent sous-utilisé.

Qu’est-ce que la VAE exactement ?

La VAE permet d’obtenir tout ou partie d’un diplôme, d’un titre professionnel ou d’une certification professionnelle en faisant reconnaître officiellement votre expérience. L’expérience acquise au travail, mais aussi le bénévolat, les mandats associatifs, l’activité syndicale — tout compte.

Le diplôme obtenu a exactement la même valeur que celui délivré par la voie classique de formation initiale. Un BTS obtenu par VAE ouvre les mêmes portes qu’un BTS passé sur les bancs de l’école. C’est un point important que les employeurs comprennent de mieux en mieux.

Ce que la VAE n’est pas : un raccourci facile. La démarche demande du travail, de la réflexion, et plusieurs mois d’engagement.

Les diplômes accessibles par la VAE

Presque toutes les certifications du Répertoire National des Certifications Professionnelles (RNCP) sont accessibles par la VAE. Cela comprend :

  • Les CAP, BEP, Bac Pro et BTS
  • Les licences, masters et doctorats universitaires
  • Les titres professionnels du ministère du Travail
  • Les certificats de qualification professionnelle (CQP) des branches professionnelles
  • Les diplômes d’État des professions sociales et paramédicales (aide-soignant, éducateur, infirmier)

La seule condition pour candidater : justifier d’au moins un an d’expérience (cumulée) en lien avec la certification visée. Cette expérience peut être salariée, non salariée, bénévole ou liée à un mandat électif.

Les étapes de la démarche VAE

Étape 1 : identifier le bon diplôme

C’est souvent l’étape la plus délicate. Quel diplôme correspond le mieux à votre expérience et à vos objectifs ? Plusieurs ressources vous aident :

Le site Mon Compte Formation (moncompteformation.gouv.fr) permet de rechercher les certifications éligibles par métier ou secteur d’activité.

Les Points Relais Conseil VAE (PRC) offrent un accompagnement gratuit pour cette première orientation. Il en existe dans chaque département — votre opérateur France Travail, votre OPCO de branche ou le Centre Inffo peuvent vous orienter vers le point le plus proche.

Les conseillers en évolution professionnelle (CEP) — disponibles gratuitement via Transitions Pro ou Cap Emploi — accompagnent également cette réflexion.

Étape 2 : déposer le livret de recevabilité (Livret 1)

Une fois le diplôme cible identifié, vous déposez un dossier de recevabilité auprès de l’organisme certificateur. Ce dossier vérifie que vous remplissez les conditions de base (un an d’expérience en lien avec le diplôme visé).

La réponse est généralement positive dans la grande majorité des cas si vous avez bien ciblé votre diplôme. Un refus de recevabilité est rare mais possible si l’expérience est trop éloignée du référentiel.

Étape 3 : constituer le dossier VAE (Livret 2)

C’est le cœur de la démarche. Le Livret 2 est un dossier détaillé dans lequel vous décrivez vos activités professionnelles, les compétences mobilisées, les situations concrètes vécues — et vous montrez en quoi tout cela correspond aux compétences attendues par le diplôme.

Ce dossier fait généralement entre 30 et 80 pages selon le niveau du diplôme. Il ne s’agit pas d’écrire un CV ou une liste de tâches — il faut analyser, argumenter, démontrer. C’est ce qui demande le plus de travail et c’est là que beaucoup de candidats sous-estiment le niveau d’investissement requis.

Délai habituel pour constituer ce dossier : entre trois et douze mois selon le candidat et son temps disponible.

Étape 4 : le jury VAE

Votre dossier est examiné par un jury composé de professionnels du secteur et de représentants de l’organisme certificateur. Selon les diplômes, ce jury peut inclure :

  • Un entretien oral d’une heure à deux heures
  • Une mise en situation professionnelle
  • Une présentation de votre activité

Le jury peut accorder la validation totale du diplôme, une validation partielle (certains blocs de compétences validés, d’autres non), ou refuser la validation.

En cas de validation partielle, vous avez cinq ans pour compléter les blocs manquants — par une formation complémentaire ou une nouvelle session de VAE.

Le taux de réussite : des chiffres pour se repérer

Selon les données publiées par le ministère du Travail, environ 85% des candidats qui vont jusqu’au jury obtiennent une validation totale ou partielle. Le chiffre global est plus bas car beaucoup abandonnent en cours de route, souvent à l’étape du Livret 2.

La validation totale représente environ 60% des résultats. La validation partielle, 25%. Les refus complets restent minoritaires.

Ces chiffres montrent que la démarche récompense ceux qui s’y investissent vraiment.

Financer sa VAE

Le coût d’une VAE

Les frais de dossier varient selon l’organisme : de gratuit pour certains titres professionnels du ministère du Travail à quelques centaines d’euros pour les universités. Les frais d’accompagnement (si vous faites appel à un prestataire externe) s’ajoutent — comptez entre 500€ et 2 000€.

Les financements disponibles

Le CPF (Compte Personnel de Formation) finance la VAE — l’accompagnement, les frais de dossier et les frais de jury. C’est la solution la plus courante pour les salariés.

Le plan de développement des compétences de l’entreprise peut prendre en charge une VAE si elle s’inscrit dans les objectifs de l’employeur.

Transitions Pro (ex-FONGECIF) finance les VAE dans le cadre d’un projet de transition professionnelle.

Pôle Emploi peut prendre en charge une VAE si vous êtes demandeur d’emploi et que le diplôme vise correspond à votre projet de retour à l’emploi.

L’accompagnement : indispensable ou optionnel ?

La VAE peut théoriquement se faire seul. En pratique, la grande majorité des candidats qui réussissent ont bénéficié d’un accompagnement.

Un accompagnateur VAE — qu’il soit interne à l’organisme certificateur ou prestataire externe — vous aide à :

  • Analyser votre expérience de façon structurée
  • Identifier les compétences que vous avez développées sans le nommer
  • Rédiger un dossier clair, argumenté et valorisant
  • Préparer l’entretien avec le jury

J’ai accompagné plusieurs candidats à la VAE dans ma carrière de formatrice. Ceux qui avaient le plus de compétences n’étaient pas toujours ceux qui rédigeaient le meilleur dossier. La mise en mots de son expérience professionnelle n’est pas naturelle — ça s’apprend.

La nouvelle VAE : les changements récents

La réforme de la VAE de 2022 a simplifié plusieurs aspects de la démarche :

  • La création de France VAE (france-vae.fr), guichet unique qui centralise les démarches
  • L’assouplissement de la condition d’expérience pour certains diplômes
  • Le financement facilité via un « droit nouveau » intégré au CPF
  • L’accompagnement renforcé et gratuit pour les plus fragiles

Si vous avez commencé une démarche VAE avant cette réforme, vérifiez que votre dossier correspond bien au nouveau cadre réglementaire.

Témoignage : ce que la VAE change concrètement

Une ancienne stagiaire, Isabelle, travaillait comme coordinatrice dans une association depuis douze ans sans diplôme de travailleur social. Elle avait fait ses preuves, mais le manque de diplôme bloquait son évolution salariale et sa mobilité professionnelle.

Après dix mois de démarche VAE — et beaucoup de soirées à travailler sur son Livret 2 — elle a obtenu son Diplôme d’État d’Assistant de Service Social par validation totale.

Ce qu’elle m’a dit après : « Ce n’était pas le diplôme en lui-même qui comptait. C’était de voir noir sur blanc que tout ce que j’avais appris avait de la valeur. » Cette reconnaissance, c’est aussi ce que la VAE apporte.

Par où commencer cette semaine

Si la VAE vous semble pertinente pour votre situation, voici trois premières actions concrètes :

Connectez-vous sur france-vae.fr pour explorer les certifications accessibles dans votre domaine d’activité.

Contactez votre OPCO de branche (l’organisme paritaire collecteur agréé de votre secteur) — ils ont souvent des conseillers VAE et peuvent orienter le financement.

Prenez rendez-vous avec un Conseiller en Évolution Professionnelle via votre espace France Travail. Ce service est gratuit et sans engagement.

La VAE ne convient pas à tout le monde. Elle demande du temps, de la réflexion et une certaine capacité à mettre en mots son parcours professionnel. Mais pour ceux qui s’y engagent sérieusement, c’est une des démarches les plus valorisantes qu’il m’ait été donné d’observer.

Marie Dupont

Écrit par

Marie Dupont

Ingénieure pédagogique et formatrice certifiée, Marie conçoit des parcours d'apprentissage depuis 10 ans. Elle rend accessible les meilleures méthodes pour apprendre efficacement à tout âge.